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La prière intérieure incessante II

Dans nos requêtes de prière précédentes, nous vous présentions la première de deux expressions fondamentales de la prière intérieure incessante. Voici la deuxième.

  

Elle est associée à des praticiens de la prière tels que Frère Laurent, Thomas Kelly et Frank Laubach. Leur approche très simple consiste à vivre les activités de la journée en étant conscients de la présence de Dieu en ayant un cœur qui murmure des prières d’adoration et de louange et qui s’épanche continuellement vers Dieu.

 

Frère Laurent a concrétisé l’idée dans son célèbre commentaire : « Je possède Dieu, affirme-t-il, aussi tranquillement dans le fracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j’étais à genoux devant le Saint Sacrement1 ».  Il nous presse de « faire de notre cœur un oratoire où l’on peut se retirer de temps en temps pour converser avec Dieu, paisiblement, humblement et tendrement ». Il nous encourage à faire de la prière intérieure notre premier geste au réveil et le dernier le soir pour découvrir, ce faisant, que « les personnes sur lesquelles le Saint- Esprit aura soufflé progresseront même pendant leur sommeil ».

 

Bien sûr, cette vie de communion ininterrompue n’est pas automatique ou sans efforts. Même Frère Laurent a admis qu’il lui a pris dix ans avant qu’il ne soit complètement à l’aise dans cette pratique. 

Nous n’atteignons pas les hauteurs vertigineuses d’une communion constante par une seule étape. Nous y arrivons après une période de temps et d’étapes mesurées et pratiques que nous franchissons, dont en voici quelques-unes.

  1. Selon Frank Laubach, la première est Le jeu des minutes. Une idée simple pour transformer des minutes en courts temps de prière. Différents moments de la journée pourraient nous inciter à prier :  en joggant, en nageant, en marchant, en attendant en file à l’épicerie, en étant coincé dans un embouteillage, etc. 

  2. La deuxième déplace cette pratique dans notre subconscient. Nous prions et nous sommes inconscients de l’avoir fait – tout comme si nous prenions soudainement conscience d’un refrain que nous aurions fredonné toute la journée. La prière intérieure jaillit dans les moments les plus bizarres : au milieu du trafic, dans la douche, dans un centre commercial bondé, au travail. À ce stade, nous remarquons que notre comportement change. Nous sommes moins agités dans le trafic. Nous supportons les frustrations mineures à la maison et au travail plus facilement. Nous sommes capables d’écouter les autres attentivement et calmement. 

  3. La troisième se produit lorsque la prière se déplace dans le cœur. Nos prières deviennent de plus en plus tendres, plus bienveillantes et de plus en plus spontanées. Nous devenons, par exemple, plus sensibles aux blessures et aux souffrances des autres. Nous entrons dans une pièce où il y a des gens et pouvons percevoir rapidement si une personne est triste, esseulée ou si elle ressent un chagrin inexprimable. 

  4. Nous atteignons la quatrième lorsque la prière pénètre l’ensemble de la personnalité. Elle devient comme notre respiration ou, à l’instar du sang qui circule dans notre corps, elle nous habite entièrement. Ce type de prière crée un rythme profond en nous. 

La prière intérieure incessante, comme nous l’avons vue, est une prière cachée, la prière du placard. Dieu nous y attend, dans le sanctuaire intérieur de l’âme. Il nous y accueille là où nous pouvons vivre, dans les mots de Madame Guyon, un « attachement intérieur continuel ». Prayer.

 

“Unceasing Prayer”, Richard Foster, p. 125-136. 

1Citation du Frère Laurent dans www.carmel.asso.fr ; Son message - Le Carmel en France